Les autorités financières ont demandé aux banques de restreindre l’accès aux crédits immobiliers. Des experts ont estimé que 100 000 ménages pourraient ainsi en être exclus. Quelles seront les conséquences pour les emprunteurs, quels ménages pourront encore être éligibles ?

Des crédits moins faciles d’accès

Le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) qui rassemble le ministère de l’Économie, la Banque de France et l’Autorité des marchés financiers, soulignant « une augmentation des pratiques a priori les plus risquées » a émis des recommandations auprès des banques afin qu’elles revoient leurs conditions d’accès au crédit immobilier afin de limiter le risque de surendettement pour certains foyers. Concrètement, il s’agit de restreindre l’accès à des prêts qui pourraient, par un retournement de la conjoncture économique, fragiliser les banques et mettre en difficulté les ménages. Jusqu’alors, les conditions d’emprunt étaient extrêmement favorables. Selon la Banque de France, en 2019 plus d’un million de ménages ont souscrit un prêt immobilier. Parmi eux, 250 000 dossiers dépassent le taux d’effort établi à 33 % du revenu net de l’emprunteur. Ces derniers représentent plus de la moitié des souscripteurs, ils seraient donc directement visés par un accès restreint au crédit immobilier.

Un important niveau d’endettement

Ce sont donc les ménages aux revenus moyens et modestes qui risquent d’être les plus impactés. Alors que le taux moyen des crédits immobiliers s’élève en moyenne à 1,2 % selon la Banque de France, les clients continuent à vouloir emprunter pour acheter (sur l’année 2019 le total des prêts immobiliers a progressé de 6,5%), un engouement qui inquiète les autorités face au niveau d’endettement des ménages. Aujourd’hui, ce dernier explose, le montant total des sommes empruntées a dépassé l’an dernier la barre des 1 000 milliards d’euros. Cette situation favoriserait la création d’une bulle, d’où l’urgence d’imposer des mesures restrictives.

Les ménages privés de crédit ?

Face au durcissement des conditions d’accès au crédit immobilier, les ménages qui risquent d’être les plus concernés sont les primo-accédants, ceux qui achètent leur premier bien entre 180 000 € et 200 000 € et qui empruntent sans apport pour une durée de plus de 25 ans (5 % des crédits accordés en 2019). Ainsi, 100 000 à 130 000 ménages pourraient être écartés de l’accès au crédit immobilier en 2020, soit 8 à 12 % des nouveaux emprunteurs.

Dans un communiqué*, la Banque de France, juge ces chiffres sans aucun fondement car il s’agit de “protéger les ménages et pas de les exclure”. Par ailleurs, les banques restent pour le moment libre de déroger au cas par cas à ces nouvelles règles, tant que le taux d’effort est respecté et que la durée du crédit reste plafonnée à vingt-cinq ans. Les banques auront toute latitude pour examiner le reste à vivre (ce qui reste à l’emprunteur une fois sa mensualité payée) et refuser le prêt si elle le juge insuffisant. Afin de ne pas brider l’accession à la propriété, le prêt longue durée pourra encore être accordé, dans la limite de 15% dont les trois quarts exclusivement réservés aux primo-accédants et les acquéreurs de résidences principales.

*https://www.banque-france.fr/communique-de-presse/lacces-au-credit-immobilier-sera-maintenu